Eté 2012
Réflexions et
questionnements pêle-mêle sur les pensions par un « réflecteur » naïf
à l’attention d’autres réflecteurs.
ou
« Dieu ne semble
pas être luxembourgeois » ou « le Luxembourg piégé »
Par Jean Leick
Structure du document
Préliminaire
Situation de départ
des réflexions et questionnements
Remarque générale et autre
remarque générale
Réflexions à la base ayant mené à la
proposition d’un modèle d’occupation des pensionnés (PAI = pensionné actif
indépendant)
- · « Rentemauer », frontaliers et réserve des fonds de pension
- · Emplois et production de biens et services
- · Création d’emplois, entrepreneuriat et syndicats
- · Perspectives récentes du PIB et de la croissance
- · Structures du marché de travail et emplois selon certaines catégories des travailleurs (nationalité et résidence)
- · Nécessité de la création d’emplois, « Umlageverfahren » et évolution démographique
- · Emploi statutaire de l’État, marché du travail et dépenses publiques
- · Croissance économique, emploi et branches d’activités
- · Emploi et qualifications
- · Emplois et fonctions
- · Branches à développer
- · L’innovation
- · Balance des paiements, emploi, transferts à l’étranger des salaires et pensions
- Questions liées à ces problématiques
- · Créations d’emplois et branches d’activités
- · Bilans macroéconomiques
- · Consommation finale des ménages
- · Ébauches de pistes
- · Situation macroéconomique, emplois, dettes publiques, orientation de la demande intérieure et emploi national : le jeu de l’ensemble de ces facteurs
- · Population en âge de travailler et taux d’emploi
- · Raisons possibles des gens pour travailler plus longtemps
Quel pourrait être le principe d’un tel modèle de PAI?
Le modèle de PAI dans les grandes lignes
Les avantages du modèle PAI pour tous les partenaires
Autres excursions de réflexion concernant les atouts d’un modèle de PAI
Une modélisation sommaire du processus du PAI : les grandes lignes
du fonctionnement du PAI dans la pratique
Conclusion
Préliminaire : L’auteur rend attentif qu’il se considère
seulement comme un réflecteur naïf qui reflète à sa manière les informations et
éléments qui lui sont « jetés » à la tête par les medias et autres
voies de communication et qu’il ne dispose pas toujours des moyens et
méthodologies nécessaires des spécialistes en la matière. Pour comprendre
certains phénomènes, il a peut-être mis en relation des facteurs qui ne
correspondent nullement aux méthodes orthodoxes de l’art et vont hérisser certains
initiés. S’il y avait des erreurs graves dans la collecte des données et/ou dans
la méthodologie, le réflecteur serait enchanté si des spécialistes lui
fournissaient les éléments de rectifications nécessaires. Il sera d’accord, si
ces remarques changent ces réflexions de manière importante, de réécrire, pour
des raisons d’honnêteté intellectuelle, ses réflexions pêle-mêle à la lumière
de ces nouvelles informations. En
attendant, il reste persuadé, jusqu’à preuve du contraire (qu’il accepte
volontiers si elle est fondée), que son interprétation globale n’est pas erronée
dans les grandes lignes. Il faut dire que les présentes réflexions sont une
lecture personnelle et « spéciale » du contexte économique et social
du Luxembourg dans la perspective du problème spécifique des pensions et des
autres contextes qui s’y rattachent.
Situation de départ des réflexions et questionnements
Un pensionné égoïste et soucieux
de son bien-être se pose évidemment ces temps-ci des questions sur sa pension
personnelle, mais aussi sur le(s) système(s) de pension en général (puisque sa
pension en dépend). Les débats en cours, aussi bien sur les plans national
qu’européen et international voire mondial, ne peuvent le conforter
raisonnablement dans une attitude optimiste. Si une telle attitude plutôt
insouciante semblait encore justifiée il y a une dizaine d’années, résultant
évidemment aussi bien des privilèges d’un petit pays riche mais déjà totalement
à la merci de ses partenaires européens que d’une absence de (pré)vision malgré
déjà des signes annonciateurs négatifs et pessimistes sur base d’une
interprétation trop généreuse et moins réaliste des faits connus à l’époque, le
cramponnement bonasse et/ou maladif à une telle croyance n’est plus de mise
dans le contexte actuel.
Pour rappel, les discussions pour
une réforme des systèmes de pension pour les prochains 40 ans portent
essentiellement sur les éléments suivants :
- La prolongation de la carrière active d’environ 3 ans permettant d’arriver à un niveau de pension comparable à celui généré par le système actuel. Sans cette prolongation de la vie active, le niveau de pension sera diminué de 12 %.
- Un relèvement éventuel (selon le discours politique) mais plus que certain (suite aux contextes) des cotisations et une contribution accrue des deniers publics.
- Une prémisse de croissance économique de 3 % et d’une progression de l’emploi de 1,5 %.
- Une croissance de la productivité au travail de 1,5 %.
- Une croissance réelle des revenus professionnels de 1,5% par année.
Or, chacun de ses points (en-dehors du risque de déranger
éventuellement les habitants du Luxembourg dans leur confort personnel car il
n’est pas seyant de toucher aux acquis) va engendrer des résistances par des (contre-)
arguments de poids (ou non) dans les discussions en cours sur la réforme des
pensions, même si la donne de départ a changé.
Il faut encore, dans ce contexte, rendre d’office attentif
à la nécessité de freiner l’évolution des dépenses de l’État au profit de la
sécurité sociale, sachant que, si une réforme des pensions n’est pas
entreprise, l’équilibre entre recettes et dépenses dans le cadre des pensions
sera rompu en 2025. Par ailleurs, les dépenses de l’État pour la sécurité
sociale augmenteraient dans une hypothèse « toutes choses égales par
ailleurs », de 20 % actuellement du PIB, à 130 % du PIB en 2060, chose
inconcevable en soi.
Seulement à titre d’exemple, et sans
être exhaustif, voici quelques contre-arguments concernant les prémisses
préconisées dans la discussion :
Ad 1 : Selon le métier exercé, métier plus ou moins dur, continuer
à l’exercer à un âge avancé peut devenir impossible à cause des charges
physiques (par exemple le travail dans
la construction)et/ou psychiques, sans parler du burn-out dans certains métiers
comme celui des managers (voir leur recours à l’alcool et aux drogues), des
médecins, des métiers de l’assistance sociale et autres. D’autres ajouteraient
bien, à titre d’exemple, les métiers de l’enseignement.
Ad 2 : Un relèvement des cotisations pour un faible salaire
équivaut à un appauvrissement douloureux dans un pays où le logement mange une
part considérable de la rémunération, si jamais le logement privé et même locatif
reste encore accessible.
Ad 3. : Ces prémisses semblent trop optimistes eu égard aux
perspectives économiques actuelles (voir notes de conjoncture du Statec en 2012
etl’ avis du Conseil d’État 49 617). Le secteur financier, moteur
principal de la croissance et de l’équilibre de la balance courante, est en
décélération. L’OECD prévoit les taux de croissance suivants pour le Luxembourg
:
- 2012 – 2017 : 2,4 %
- 2018 – 2030 : 1,6 %
-
2031 –
2050 : 0,6 %
Ad 4. : Une évolution positive de la productivité au travail de 0,5 point est attestée au Luxembourg, alors qu’elle est de 1,1 points pour la France, de 1 point pour la Belgique et de 0,6 point pour l’Allemagne. Tous les voisins du Luxembourg font preuve d’une meilleure productivité au travail. Le taux de 0,5 % pour le Luxembourg est largement inférieur au 1,5 % préconisés dans le cadre de la réforme des pensions.Si on a toujours parlé de l’incitation à une contribution personnelle (pension complémentaire) pour garantir une pension (histoire des piliers), il faut quand même savoir qu’il devient hasardeux de placer son argent dans des fonds de pension face aux dérives d’un capitalisme financier éhonté (voir le problème des fonds de pension aux États-Unis). Par ailleurs, placer ses économies personnelles d’une manière sûre et à un taux raisonnable pour résister à des détériorations du pouvoir d’achat, suite à un taux de placement inférieur aux taux d’inflation, devient une gageure, même avec des obligations d’État : Est-ce qu’il serait rassurant de placer son épargne dans des obligations de l’Allemagne, sachant que ce pays a une dette publique dépassant 2 billions d’euros, et ceci encore à un taux de placement presque négatif actuellement (juillet 2012) ? Pour le réflecteur naïf, la même question se pose à la lumière des énoncés ci-après pour l’état luxembourgeois, surtout si on considère les réflexions (voir plus loin) sur la dette publique implicite, développées à la fin du document. Curieusement, les taux de rendement des installations photovoltaïques, suite aux subventions de l’État, peuvent être considérés actuellement comme bien supérieurs aux placements financiers, sachant aussi que les premières 6 à 7 ans sont consacrées au remboursement de la dette s’il y a eu un emprunt.Les résistances s’annoncent farouches. Pourquoi ne pas changer de paradigme concernant les réflexions sur la réforme des pensions, privilégier un certain entrepreneuriat basé sur un engagement librement choisi et rémunéré des pensionnés actuels tout en apportant des plus-values à tous les acteurs concernés par la réforme des pensions. Ce serait une piste parmi d’autres, sans préjudice des efforts de réforme actuellement en cours, mais qui constituerait simplement une pierre en plus dans une mosaïque de mesures. Le modèle développé ci-après ne serait pas en contradiction avec les grandes lignes de la réforme actuellement annoncée. Il faudrait donc trouver un modèle-module « supplémentaire » permettant de mettre plus de résidents luxembourgeois au travail après 55 ans sans utiliser le bâton, mais avec une carotte suffisamment alléchante, aussi bien financière qu’autre (liberté de travailler un peu selon ses propres choix) pour les inciter encore à des activités professionnelles. Cette urgence ressort des chiffres, énoncés et faits ci-après. Le modèle du « PAI (pensionné actif indépendant) » a été développé dans ce but et sens.Les contextes macroéconomique, social, démographique et autres, circonscrits par les énoncés ci-après, ont pour objectif d’expliquer pourquoi le modèle du PAI prend tout son sens. Ce modèle change de paradigme en proposant d’agir de manière diamétralement opposée au modèle classique du salarié. Il s’inscrit plutôt sous une optique « entrepreneuriat » selon l’avis du « réflecteur naïf », mais parfaitement cohérent au contexte économique qui s’annonce sombre.Remarque générale : Les chiffres, tableaux et graphiques (certains sont importés tels quels, d’autres tableaux et graphiques ont été constitués à partir des chiffres recueillis pour refléter, par leur agencement, une certaine idée) ci-après sont basés sur des sources différentes et ne permettent pas toujours de comparer certaines données sur plusieurs années parce que certaines sources ne sont pas disponibles à cause de ruptures de série ou de changements de modalités de calcul en cours de route. Par ailleurs, selon les sources (Statec, CEPS, BCL, IGGS, observatoire de compétitivité et autres), les données, recueillies à partir de ces différentes sources et/ou recoupées entre elles pour analyser un phénomène donné, ne correspondent pas toujours entièrement entre elles. Mais elles permettent cependant de donner un ordre de grandeur des phénomènes analysés afin de permettre de formuler certaines hypothèses de travail.Autre remarque générale : Un certain nombre d’énoncés, plus ou moins probables et/ou validés, sont véhiculés à gauche et à droite dans l’opinion publique et les medias. S’y ajoutent des faits (objectifs) à considérer et à interpréter dans ce contexte mais ne comportant ni jugement de valeur ni aucune prétention à une objectivité absolue (ce ne sont que des interprétations parmi d’autres possibles). Or il faudra tenir compte de ces aspects pour situer par la suite le modèle proposé du PAI en vue de contribuer à des solutions au niveau des pensions.Réflexions à la base ayant mené à la proposition d’un modèle d’occupation des pensionnés (PAI = pensionné actif indépendant)Résumé des développements ci-après : La survie, toutes choses égales par ailleurs, du système de pension luxembourgeois n’est possible que par un suremploi, voué, par une nécessaire fuite en avant, à une croissance continuelle substantielle des emplois et occupations. Ce suremploi est actuellement garanti par les frontaliers, ceux-ci fournissant 40 % de l’emploi intérieur total, avec tous les inconvénients macroéconomiques d’une proportion si élevée dans l’emploi intérieur total. Ceci est un constat et non un jugement de valeur. Or, les données démographiques luxembourgeoises actuelles indiquent que la population résidente (et surtout luxembourgeoise) ne peut croître au point de fournir les ressources humaines suffisamment compétentes pour ce nécessaire suremploi, sachant que la désindustrialisation rampante exige des compétences d’un niveau élevé pour les secteurs actuels et futurs prometteurs. D’autre part, la structure de l’économie luxembourgeoise est telle que ses activités ne permettent pas de prévoir une croissance économique dans la constellation actuelle au point d’offrir des emplois suffisants en nombre pour garantir le système de pension. La population résidente, par son volume, n’est pas à même de fournir les compétences de haut niveau en quantité et en qualité nécessaires pour développer des secteurs de pointe. Afin de réduire la dépendance du marché de l’emploi envers les frontaliers, il s’agit de trouver un modèle d’occupation des tranches d’âges de la population résidente âgée de 55 ans et plus pour augmenter l’offre interne de compétences de haut niveau nécessaire à l’évolution de l’économie luxembourgeoise, le modèle visant cependant tous les niveaux de compétences dans sa généralité. Par ailleurs, il faut élaborer des visions, par le recours à la prospective (think tanks), pour donner une orientation à l’économie luxembourgeoise en développant les branches d’avenir ( ?) de manière à augmenter les emplois surtout nationaux tout en respectant des critères de développement durable et en proposant un modèle de vie compatible avec les ressources financières encore disponibles dans le cadre d’une économie mondialisée fortement concurrentielle. Ces visions économiques permettent d’induire la prospective des futurs besoins en compétences. La création de ces compétences par l’enseignement et la formation continue constituent un autre défi majeur. Le PAI (pensionné actif indépendant) pourrait être un apport parmi d’autres en proposant un modèle d’occupation des personnes âgées de 55 ans et plus, disposant des compétences nécessaires à une croissance économique saine.Les lecteurs qui ne désirent pas lire les réflexions macro-économiques et démographiques, illustrant l’utilité, sinon l’urgence, d’un tel modèle de PAI, peuvent passer de suite aux passages suivants :Page 65 : Quel pourrait être le principe d’un tel modèle PAI ?Page 66 : Un modèle PAI dans les grandes lignes (ou)Page 71 : Les avantages d’un modèle PAI (ou)Page 77 : Une modélisation sommaire du processus du modèle PAI : les grandes lignes du fonctionnement du PAI dans la pratique (et)Page 80 : ConclusionLe problème des pensions est un problème multifactoriel et les ramifications et relations sociétales mises en évidence dans les énoncés ci-après montreront que la politique des pensions (et de l’emploi) se joue sur maints plans, dont notamment celui de la création massive d’emplois, création éminemment nécessaire et ce en relation avec la croissance du PIB et donc de la production des biens et de services. Mais il y a bien d’autres facteurs pertinents comme la suite va le montrer.« Rentenmauer », frontaliers et réserve des fonds de pension : le système de pension luxembourgeois est tel que sans un suremploi par une croissance massive de l’emploi intérieur, due notamment aux frontaliers, le système ne peut fonctionner à moyen terme malgré les fonds de réserve actuels importants :- · Selon les dires du gouvernement et les analyses à la base de la réforme des systèmes de pension en cours, le maintien des pensions dans leur forme et envergure actuelles est impossible à garantir à long (peut-être même à moyen ?) terme : la fameuse « Rentemauer » (dixit M. Juncker il y a des années, et à raison comme les développements ci-après le montrent).
- · Le suremploi actuel rassure et semble résoudre tous les problèmes de pension et même certains syndicats semblent tomber dans le panneau en confondant (sciemment ?) le court, moyen et long terme. Mais la situation est trompeuse comme le montre l’exemple de M. Robert Kieffer dans l’article « Croissance démographique et viabilité des régimes de pension », Forum 221 : « Pour l’avenir, on peut admettre que les 236 300 cotisants de l’an 2000 vont générer au moins 159 300 pensions en l’an 2030. Pour maintenir l’équilibre financier dans les mêmes conditions (comme en 2000) en l’an 2030, on aura besoin alors de 558 800 cotisants. En l’an 2060, on aura besoin de 1 322 000 cotisants pour faire face aux 376 600 pensionnés. Et ainsi de suite. » Comme M. Kieffer est mathématicien et par les informations pertinentes qu’il détient de par ses fonctions, le « réflecteur » naïf lui fait confiance concernant la justesse des calculs, même en considérant que ces résultats peuvent sembler extravagants à certains.
M. Kieffer explique les conditions de l’équilibre des recettes et des dépenses des pensions et en plus le mécanisme de la constitution des réserves dans le cadre du système actuel de répartition (« Umlageverfahren ») par deux équations :- dépense annuelle des pensions = taux de cotisation * masse annuelle des revenus cotisables (s’il y a équilibre et pas d’excédents)
o ou la même chose en transformant les deux membres par l’introduction de facteurs supplémentaires : dépense annuelle des pensions = nombre de pensions * montant moyen des pensions = taux de cotisations * nombre d’assurés * montant moyen des revenus cotisables.Si on connaît les valeurs des membres de ces équations, on peut calculer aisément si on est dans une situation de pertes, d’excédents ou d’équilibre.Pour l’instant, la situation des réserves de pension est encore confortable car chaque année les caisses de pension font état d’un excédent qui croît encore chaque année. L’excédent de 2010 était de 1,006 milliards (ne tenant pas compte de la correction en 2002 du baby-year et de la correction UCMen 2004). Selon Robert Kieffer, la réserve totale actuelle du régime d’assurance pension se monte à 10,5 milliards (au moment d’écrire son article), équivalant à 3,7 fois le montant des prestations annuelles. Les frontaliers actuels, fournissant plus de 40 % de la main-d’œuvre dans une situation de suremploi (à titre d’illustration le nombre actuel d’emplois dépasse la population en âge de travailler du Luxembourg, si cette dernière travaillait à 100 %), contribuent largement à constituer les réserves des fonds de pension.- · Le suremploi nécessaire à cette constitution de réserves est donc seulement possible à cause des frontaliers.
- · Il y une corrélation très forte entre le nombre de frontaliers et les réserves de pension comme le montre le tableau ci-après :
On voit ci-après que les trendlines des 2 courbes sont pratiquement parallèles, ce qui explique, entre autres, le facteur de corrélation très élevé. - Le cumul des excédents annuel de 1995 à 2009 (c’est-à-dire en 15 an) s’élève, à titre d’illustration, à 8,8 milliards, constituant 84 % de la réserve totale actuelle (10,5 milliards).Le fonds de compensation s’élève au 31 décembre 2011 à 11,32 milliards avec cependant un bémol : si le placement des fonds de réserve rapportait en 2010 encore 520 millions, il n’en rapportait en 2011 que 86 millions, le taux de placement diminuant de 5,65 % à 0,84 % à cause des événements sur les marchés financiers. Il faut encore rappeler que le taux minimum de placement prévu avait été fixé à 3,8 %. En 2011, on en est loin et le manque à gagner est important.Bilan → « Le Luxembourg piégé »
-
Emplois et production de biens et services : Sans une croissance de biens et des services et donc du PIB, il n’y aura pas la croissance des emplois nécessaires pour financer les pensions à long terme.La création continue mais indispensable des emplois au Luxembourg est seulement possible à cause d’une augmentation continue de la production des biens et services.Le tableau ci-après montre qu’il y a d’ailleurs une corrélation linéaire presque parfaite entre ces 2 variables avec un facteur de corrélation de 0,97 (1 étant le maximum possible dans le cadre d’une corrélation parfaite). Le constat fondé de cette relation, en soi trivial (mais peut-être pas pour d’autres pays comme la Grèce par exemple), est important pour la suite des développements, tout en rappelant que le projet de réforme proposé par le gouvernement est basée sur une croissance économique durable de 3 % :Il y a lieu cependant de rappeler que la production des biens et services ne reflète pas la croissance économique, exprimée par exemple en termes de PIB, car il faut encore tenir compte d’autres facteurs comme la consommation intermédiaire, la balance des paiements, la valeur ajoutée brute et autres. Il faut en outre rendre attentif au fait que la progression des biens et services exprimée en % ne correspond nullement au niveau de la progression du PIB exprimé en %, même si leur progression est pratiquement parallèle (facteur de corrélation de 0,96) : la progression de la production des biens et services doit être 7 fois plus importante en moyenne (variation moyenne PIB = 1,24 % et variation moyenne de la production des biens et services = 8,68 %) pour arriver à une faible progression du PIB (sauf rupture due à la récession en 2009) . Le tableau ci-après illustre cette idée :
Le graphique ci-après montre que la progression de la production et du PIB connaissent un ralentissement considérable, mettant ainsi en danger l’augmentation importante de l’emploi nécessaire au financement des pensions :Le tableau ci-après montre aussi que, malgré un fléchissement du PIB depuis 2008, en opposition avec une croissance de production totale des biens et services (sauf crise en 2009), la productivité augmente, mais l’utilisation des ressources intermédiaires devient régulièrement moins performante, même si la décélération est assez faible .
Ainsi, en 2000 il fallait 5,01 travailleurs pour produire une unité de biens et services alors qu’en 2011 il ne fallait plus que 3,14 travailleurs. En 2000, 1 unité d’input produisait 1,59 unités d’outputs alors qu’elle n’en produisait plus que 1,49 unités d’outputs en 2011. Est-ce que cela implique qu’il faut importer proportionnellement plus de produits et de services intermédiaires pour en produire moins en outputs ? Ou est-ce dû à une autre structure de biens et services intermédiaires nécessaires à la production des biens et services qui ont peut-être aussi changé en partie de nature ? La balance courante (voir plus loin) suggère en tout cas pour les biens et la construction que l’utilisation optimale des biens intermédiaires a fléchi.En résumé, les prévisions économiques ne sont pas bonnes en ce qui concerne la croissance économique nécessaire à la réforme des pensions.N’oublions pas par ailleurs, dans des considérations de production et de croissance, le problème de l’énergie, sachant que le fonctionnement du Luxembourg dépend pratiquement entièrement de l’importation d’énergie. (Parenthèse : Dans ce contexte, on peut se demander où en est le Luxembourg dans la réalisation des Smart Grids : Le smart grid est une des dénominations d'un réseau de distribution d'électricité « intelligent » qui utilise des technologies informatiques de manière à optimiser la production, la distribution, la consommation afin de de mieux mettre en relation l'offre et la demande entre les producteurs et les consommateurs d'électricité. Cette technologie prend de l’importance dans le cadre des énergies renouvelables dont la production n’est pas régulière en volume). En outre, selon la Commission Européenne, l’Europe importe actuellement 55 % de son énergie et cette dépendance va s’élever à 70 %. dans les prochaines années. Il suffit de se rappeler les problèmes de l’Allemagne lorsque l’importation de gaz naturel avait été réduite à cause de problèmes politiques de la Russie avec les pays de transition de leurs pipe-lines. Les récents événements de grève sur les plates-formes norvégiennes (fournissant 27 % du gaz naturel de l’Europe) montrent qu’il ne faut pas aller jusqu’en Russie pour avoir éventuellement des problèmes de fourniture d’énergie. Par ailleurs, les besoins européens en investissements dans les réseaux électriques (où prendre ces milliards si la crise financière diminue les moyens), rien que pour acheminer l’énergie électrique produite sur base d’une production renvouvelable aux endroits nécessitant de l’énergie, montrent la fragilité de l’approvisionnement. L’arrêt progressive de centrales nucléaires, certes raisonnable en soi, va rendre les transitions plus urgentes, mais il n’y a pas de solution durable en vue. Les difficultés de l’ « Energiewende » en Allemagne en montrent l’envergure.Et on n’aura pas encore parlé de la guerre des matières premières qui s’annonce, notamment à cause de la demande des grands pays émergents (Chine, Brésil, Indes et autres). Le Luxembourg ne peut que subir les prix imposés par ces guéguerres économiques et politiques et ses avantages concurrentiels ne vont certainement pas en croissant. Il ne s’agit pas seulement des prix des carburants à la station d’essence ou du prix du mazout de chauffage.Il faudrait peut-être aussi mentionner qu’actuellement (juillet 2012) certains « Wirtschaftsweisen » voient l’Allemagne, considérée comme la locomotive économique européenne, dériver vers la stagnation car l’Allemagne, profitant beaucoup de ses exportations dans les pays européens, voit ces marchés décliner à cause de la crise : est-ce que les Grecs vont encore acheter beaucoup de voitures allemandes ? Il faut aussi voir que la Chine, l’Inde et le Brésil, ayant constitué un espoir pour aider l’Europe dans sa crise, voient leur croissance également fléchir. Il faut en effet considérer que la croissance de la Chine est surtout due aux investissements publics alors que la consommation interne semble diminuer régulièrement. Si les exportations de la Chine dans l’Europe et ailleurs commencent aussi à diminuer à cause d’une crise se généralisant petit à petit, le miracle économique chinois va prendre un coup. La conjoncture mondiale ne semble donc pas trop favorable pour contribuer à la prospérité du Luxembourg, donc à sa croissance nécessaire pour garantir ses pensions.Bilan → « Le Luxembourg piégé »Création emplois, entrepreneuriat et syndicats : Une société à 100 % de salariés ne peut fonctionner dans le monde d’aujourd’hui.
- Afin de pouvoir constituer les ressources financières nécessaires permettant de disposer ultérieurement des moyens pour vivre une retraite honorable, il faut créer ces réserves pendant la vie professionnelle active. Or, ceci n’est pas le cas actuellement car le travailleur actif actuel ne constitue pas les réserves nécessaires pour sa pension, mais finance les pensions des retraités actuels. Mais même dans une situation de « Umlageverfahren », il faut, comme on l’a vu, une croissance importante du PIB et des emplois pour créer des réserves de pension pour les années de vaches maigres (qui ne peuvent perdurer et devenir structurelles) ou pour pouvoir « switcher » éventuellement du système actuel vers un autre système, à définir encore.
- Or, est-ce que ce bond (ou rupture de paradigme) est possible avec la mentalité actuelle au Luxembourg. Si on survole les medias, on a parfois l’impression de se trouver devant un mur de salariés et d’assistés réclamant un emploi salarié stable avec une rémunération en croissance permanente avec une part de plus en plus importante de transferts sociaux, sans se demander où et comment les ressources y nécessaires sont ou peuvent être créées. Or une société ne peut être constituée uniquement de salariés et d’assistés. Il faut bien des entrepreneurs / employeurs (le Luxembourg n’est pas un îlot privilégié) agissant par la force des choses dans des contextes national et international plus ou moins large et sinon même mondialisé. Les entrepreneurs luxembourgeois ne fixent pas les règles de l’économie mondialisée, ces dernières devenant de plus en plus contraignantes pour les acteurs économiques luxembourgeois. Ces règles sont devenues un facteur exogène incontrôlable avec lequel il faudra vivre tant bien que mal.
Il faut constater qu’au Luxembourg les centres de décisions des grandes entreprises industrielles (Arcelor/Mittal, Dupont de Nemours, Good-Year, Husky, IEE, etc.), des grands groupes bancaires (BGL BNP ParisBas, , ING, RBC Dexia Investment, KBL, Société Générale, etc.) des sociétés de conseil (PWC, Deloitte, KPMG, etc.), des sociétés de services (Groupe Dussman, G4S, etc. ) et autres sont situés majoritairement à l’étranger et l’autonomie décisionnelle échappe en grande partie aux décideurs économiques luxembourgeois autochtones. Ce sont les PME qui jouent actuellement un rôle important dans la création interne de la richesse du Luxembourg. Norbert Von Kunitzki avait écrit à une certaine époque un essai intitulé « Dieu est-il luxembourgeois ? » où il avait qualifié le Luxembourg d’erreur historique. On peut observer aujourd’hui que la communauté européenne laisse de moins en moins son petit partenaire luxembourgeois jouer impunément dans des niches de « piraterie » (voir niche de TVA du commerce électronique, accises sur les carburants, le secret bancaire et autres lieux de combat).Il ne faut donc pas « tuer » l’entrepreneur par des exigences qui ne tiennent pas la route dans un système économique mondialisé très concurrentiel où les petits acteurs doivent se battre à armes inégales. On peut aussi citer Winston Churchill qui aurait dit :« Certains considèrent le chef d’entreprise comme un loup qu’on devrait abattre,d’autres pensent que c’est une vache que l’on peut traire sans arrêt,peu voient en lui le cheval qui tire le char ».Il semble nécessaire d’arrêter de considérer les entrepreneurs / employeurs, surtout luxembourgeois, comme le diable et leur laisser l’oxygène nécessaire pour fonctionner. Les Luxembourgeois, majoritairement salariés, devront accepter ces aspects, sinon ils seront dévorés prochainement tout crus.Dans un tel contexte, les syndicats devraient peut-être aussi réviser en partie leurs discours, surtout si on tient compte de certaines de leurs performances de gestion plutôt négatives dans leurs propres organisations. S’ils croient devoir prodiguer des leçons de gestion, ils n’ont qu’à créer leurs propres entreprises (pourquoi pas sous forme de coopératives comme par exemple celle des cheminots au Luxembourg) en ne réclamant aucune autre subvention publique dont ne disposeraient pas les autres entreprises et en payant leurs salariés avec les niveaux de salaires qu’ils réclament aux entrepreneurs dans les négociations collectives. S’ils y arrivent, tout le monde ne pourrait que s’incliner et copier leur modèle. Avec les gains ainsi générés par leurs entreprises, ils pourraient financer des avantages sociaux à leurs membres. De revendicateurs d’avantages ponctionnés sur la plus-value créée par d’autres acteurs, ils deviendraient eux-mêmes acteurs-créateurs de ressources dont ils peuvent disposer selon leurs idéologies. Cette remarque ne dénie pas le rôle important des syndicats à jouer sur beaucoup d’autres points, mais leur discours sur certains aspects économiques ne semblent pas crédibles. Toutes ces remarques ne sont certainement pas non plus un plaidoyer pour l’arrogance, le sans-gêne sinon la criminalité du capitalisme financier qui est à la source de beaucoup de maux. Il est instructif sinon du moins amusant de lire l’article paru le 16 juillet 2012 dans le tageblatt à la page 16 et intitulé : « Économie appliquée pour les nuls : des dettes et des ânes ». Les capitaux doivent être gérés dans le contexte d’une économie réelle au service des hommes et non dans le cadre de bulles spéculatives au profit d’employés et de managers bancaires éhontés(« banksters » ?) avec des produits financiers souvent seulement scripturaux, abstraits et volatils, qui n’ont, pour une grande part, rien à voir avec une économie de marché factuelle et sociale, créatrice de biens matériels et touchables ainsi que de services réels consommables par les habitants. A titre d’exemple, Il suffit encore de considérer actuellement les intérêts débiteurs prélevés sur les découverts des comptes bancaires en opposition aux taux d’épargne minimes alloués aux épargnants et aux taux d’emprunt ridicules que les banques doivent verser aux banques centrales nationales et internationales en cas d’emprunt de liquidités. Heureusement que le Luxembourg dispose encore de quelques « banques-refuges » sérieuses gérant les capitaux de leurs clients en « bon père de famille » et dont les centres de décision se trouvent encore au Luxembourg.Les tripartites avortées, les conflits avec la CGFP, les discussions autour de la modulation de l’indice, le non-dialogue interne du Conseil économique et social, les difficultés autour de la réforme scolaire et autres terrains de conflits sociaux montrent clairement que les forces vives de la nation ne trouvent plus le consensus nécessaire pour prendre les mesures utiles en vue de faire face aux contraintes économiques exogènes, se traduisant par la stagnation et même la récession et mettant le mode de vie du Luxembourg en danger. Par analogie à la psychanalyse, on pourrait croire à des mécanismes de défense inconscients mis en œuvre parce que la prise de conscience est trop dérangeante sinon même insupportable à causes des habitudes agréables contractées.Bilan → « Le Luxembourg piégé »Perspectives récentes du PIB et de la croissance : la conjoncture internationale et le positionnement du Luxembourg ne permettent pas a priori d’assurer la croissance nécessaire prévue pour porter le système de pension, aussi bien le système actuel que le futur système réforméOn a vu précédemment que la croissance des emplois est une condition indispensable pour maintenir le système de pension actuel, avec même une nécessaire fuite en avant, irréaliste par rapport aux possibilités du petit Luxembourg. Or, les prévisions de conjoncture (voir les considérations concernant le PIB ci-devant) sont plutôt pessimistes.Dans la préface de la note de conjoncture 1-2012 du Statec, M.Allegrezza note :« La croissance potentielle, calculée à partir d’une fonction de production Cobb-Douglas, a été divisée par plus de deux depuis les années 2000. C’est le constat le plus alarmant, largement passé sous silence. Il dénote une croissance de long terme plus faible, en-dessous des 3%, seuil qui est à la base du projet de réforme des retraites. »Les données du Statec, à la moitié de l’année 2012, sont encore plus pessimistes et on s’exprime, sinon en termes de récession, du moins dans un contexte de stagnation pour l’évolution globale. A titre d’exemple, citons quelques chiffres. La place financière a connu une diminution de 11,6 % par rapport à l’année précédente alors qu’elle constitue une des sources principales positives dans la balance des paiements au niveau des services. Une des raisons est la diminution des crédits bancaires. La branche « commerce, transport et communication, malgré une légère augmentation, a toujours un retard de 2,8 % par rapport à l’année précédente. Les faillites ont augmenté de manière considérable, surtout dans le secteur des services (une augmentation de 32 % des faillites).La deuxième note de conjoncture de 2012 ne laisse pas beaucoup d’espoir à un revirement positif.Si ces trends continuent (et il y a de fortes chances que ce soit le cas), le ministre Mars Di Bartolomeo doit reconsidérer son projet de réforme des pensions.Bilan → « Le Luxembourg piégé »Structures du marché de travail et emplois selon certaines catégories des travailleurs (nationalité et résidence) : la structure socio-démographique de l’emploi montre l’impuissance du Luxembourg pour orienter l’évolution démographique nécessaire au maintien du système de pensionsLes deux tableaux ci-après sont basés sur la situation de l’emploi de (décembre) 2010 parce qu’il est le plus complet en ce qui concerne certaines variables pertinentes.Néanmoins, les mêmes deux tableaux (voir plus loin) ont été actualisés pour le mois d’avril 2012, sans que je dispose de toutes les informations de 2010, mais permettent cependant de comparer certaines évolutions significatives.Tableaux pour le mois de décembre 2010 :
- · Les statistiques font état d’un emploi intérieur en 2010 de 358 609 travailleurs dont seulement 21 144 de non-salariés (=5,9 %). Le Luxembourg est donc bien une société de salariés avec 94,1 % dans ce statut. L’emploi salarié se chiffrait donc au total à 337 465 travailleurs.
- · Selon le Statec, le nombre de travailleurs s’élèverait en avril 2012 à 374 092 travailleurs (ce qui fait une progression de 15 483 emplois (création nette d’emplois), donc de 4,32 % en 16 mois (par rapport à décembre 2010) pour 14 496 chômeurs. Les sources du chômage luxembourgeois ne sont pas, pour ne rien changer comme à l’accoutumé, d’ordre quantitatif puisqu’il y a plus de création d’emplois que de chômeurs, mais plutôt d’ordre qualitatif et se situent sur le plan de l’inadéquation entre l’offre et la demande des compétences. On semble se trouver en partie, et cela depuis des années, face à un chômage incompressible pour lequel on n’a pas encore trouvé de remède, si jamais il y en a un. Pour des raisons humanistes, on peut toujours rêver d’arriver à un plein emploi, mais il y aura toujours un certain chômage à cause des mouvements et rotations sur le marché du travail (par exemple, voir le chômage frictionnel : Il est volontaire et relèverait d’une stratégie individuelle. C’est un chômage incompressible lié aux délais d’ajustement de la main-d’œuvre d’un emploi à l’autre. En somme, des travailleurs quittent volontairement un emploi pour en rechercher un meilleur. Il s’agit donc de la période de recherche d’un emploi ou de latence entre deux postes. Il persiste en période de plein-emploi) et pour certaines raisons administratives (délais, formalités, etc.) et autres. Mais il ne faut pas non plus exclure l’hypothèse qu’il y a des réfractaires absolus au travail, même avec une politique d’emploi très généreuse. Un emploi national à 100 % n’est donc jamais possible. Par conséquent, le problème du chômage n’est pas encore à ce stade un problème de mauvaise conjoncture nationale ou internationale, mais surtout un problème structurel luxembourgeois interne, concernant peut-être aussi certains aspects de mentalité. On peut se poser la question si toutes les réformes actuelles de l’Adem peuvent résoudre ces problèmes liés à une inadéquation des compétences entre l’offre des postes vacants et la demande d’emploi pour les chômeurs inscrits : il faut, pour une médiation réussie, d’abord un poste vacant et en second lieu un chômeur disposant des compétences nécessaires et acceptant en plus les conditions de travail liées au poste vacant. Si cette concordance n’est pas donnée, l’ADEM va de toute façon courir à l’échec, quels que soient ses efforts. Toutes les réformes de l’ADEM ne vont rien changer à cette équation fondamentale. On peut se poser d’abord la question si on ne demande pas trop sinon l’impossible à l’ADEM et si l’ADEM n’est pas désignée comme bouc émissaire pour détourner peut-être l’opinion publique du manque de politique structurelle du marché de l’emploi par le gouvernement. Ceci ne veut pas dire qu’il ne faut pas optimiser en permanence les processus de l’ADEM, ce genre de démarche étant chose normale et courante dans le secteur privé.
Ce qui fausse évidemment ces statistiques, somme toute encore assez favorables du chômage, est le fait que les frontaliers mis au chômage ne sont pas repris dans ces statistiques. Le bilan serait moins glorieux, sachant cependant qu’il y a encore toujours une création nette d’emplois.Enfin, les travailleurs de nationalité luxembourgeoise ne constituent que 31,85 % de l’emploi au Luxembourg. Sans les travailleurs étrangers (résidents et frontaliers), il n’y aurait peut-être plus de Luxembourg, du moins pas le Luxembourg d’aujourd’hui. Au lieu d’être une locomotive dans la Grande-Région, « l’erreur historique » aurait été alors peut-être déjà corrigée depuis un certain temps. Au lieu qu’Arlon ne verrait peut-être pas d’inconvénients de faire éventuellement partie du Luxembourg, le Luxembourg serait peut-être à la recherche d’un futur État-p(m)ère comme cette île grecque qui a exprimé le désir de faire partie de l’AutricheOn peut formuler la situation encore sous d’autres formes :- Le « tableau de l’emploi en 2010 » (page 15) montre clairement que seulement 78 617 Luxembourgeois travaillent pour le secteur privé, y compris les ouvriers de l’État et des communes, car les 35 590 personnes du secteur public mentionnées (chiffre du Statec) ne concernent que les fonctionnaires et employés du secteur public comprenant l’État central, les communes et les CFL).
- L’auteur n’a pu trouver de données que pour l’année 2010 concernant la population luxembourgeoise en âge de travailler (20 – 64 ans). La population luxembourgeoise a été estimée en 2010 à 285 700 personnes et la population résidente (Luxembourgeois et résidents étrangers) en âge de travailler à 313 105 personnes par rapport à une population totale de 502 100 personnes, ce qui fait un potentiel d’occupation de 62,36 % (313 105 / 502 100).Comme l’emploi national luxembourgeois et celui des résidents étrangers en 2010 était de 220 537 personnes, ceci fait un taux d’occupation de 70,44 % (220 537 / 313 105) par rapport à la population en âge de travailler et seulement de 43,92 % (220 537/ 502 100) par rapport à la population totale résidente. Donc moins de la moitié des personnes de la population totale du Luxembourg travaillait en 2010. Il est impossible de dire, avec les chiffres disponibles, si les Luxembourgeois en âge de travailler ont une vie active plus ou moins longue que celle de leurs concitoyens étrangers. Mais l’analyse serait intéressante.
Il ressort aussi clairement de ces chiffres que la population totale résidente du Luxembourg en âge de travailler (313 105 personnes) aurait été insuffisante en 2010 pour couvrir le total de l’emploi intérieur en 2010, à savoir 358 609 emplois. Il faut déduire de ces 313 105 personnes en âge de travailler un certain nombre de catégories de non-travailleurs comme les jeunes faisant des études après 20 ans, les malades et handicapés, les femmes au foyer et autres (?). Il s’ensuit que le suremploi du Luxembourg ne peut être couvert que par les frontaliers avec tous les avantages et inconvénients que cela comporte- Ceci n’est d’aucune manière un jugement de valeur négatif envers les travailleurs étrangers, le « réflecteur naïf» étant absolument conscient que le Luxembourg ne pourrait pas avoir son train de vie actuel sans les frontaliers et les travailleurs étrangers résidents. S’il n’y avait pas nos collègues-travailleurs étrangers (frontaliers et résidents), le Luxembourg devrait fermer boutique.
- En 2010, le Luxembourg comportait 255 810 travailleurs étrangers, dont 149 480 frontaliers entrants et 106 330 travailleurs résidents étrangers. Il reste 114 207 travailleurs luxembourgeois, c’est-à-dire 31,85 %. Rappelons encore que moins de 78 617 Luxembourgeois travaillent dans le secteur privé. Ce bilan est effarant. La rationalisation de la fonction publique et la réforme administrative deviennent, entre autres, un « must » incontournable, même si leurs résultats ne peuvent fournir qu’un allégement d’appoint. Mais une réforme administrative réussie constituerait aussi un coup de marketing important pour les investisseurs étrangers en ce qui concerne l’image du Luxembourg et augmenterait grandement l’attrait du site.
- Le tableau ci-après montre qu’en avril 2012 (donc après 16 mois depuis décembre 2010), l’emploi national (luxembourgeois et résidents étrangers au travail) s’est encore dégradé légèrement par rapport aux frontaliers qui gagnent encore du terrain :
· A des fins de comparaison, veuillez trouver ci-après les données disponibles pour avril 2012 :En chiffres absolus :
Le même tableau en % par rapport à l’emploi total intérieur :Il semble évident que le Luxembourg ne peut se sortir de ses pièges démographiques par ses propres moyens.Bilan → « Le Luxembourg piégé »Nécessité de la créations d’emplois, « Umlageverfahren » et évolution démographique : « toutes choses égales par ailleurs », la population résidente actuelle ne peut fournir, par sa croissance démographique, les travailleurs nécessaires à la croissance de l’emploi
Ce danger ne semble a priori pas si grand parce que la population du Luxembourg se rajeunit pour 2 raisons :
- Les résidents étrangers, ayant opté pour l’immigration, ont souvent entre 25 – 35 ans et leurs enfants ont moins de 5 ans ;
- Les frontaliers sont assez jeunes en général.
Le nombre d’assurés en « jeune » âge, contribuant par leurs cotisations actuelles à financer des pensions généreuses des pensionnés actuels (système assez unique en Europe par tous ses avantages), continue encore à affluer et contribue donc à constituer des réserves des fonds de pension.Cependant le « Umlageverfahren » nécessite toujours plus de cotisants car les pensionnés vont augmenter en nombre (voir développements de M. Kieffer).Il faudrait une croissance régulière de l’emploi intérieur de 2,2 % par an si on part de l’emploi intérieur au mois d’avril 2012 de 374 092 emplois pour arriver au nombre d’emplois nécessaires en 2030 (calculs M. Kieffer) pour éviter la rupture du système de pension:
Mais où trouver ces 189 208 travailleurs supplémentaires ?
Le réflecteur naïf s’est permis une simulation très grossière basée sur les prémisses suivantes :o La répartition en % entre travailleurs frontaliers, résidents étrangers et luxembourgeois serait en gros celle d’aujourd’hui : 40 % de frontaliers, 30 % de résidents étrangers et 30 % de Luxembourgeois. Par contre il est fort probable que les frontaliers vont prendre une part plus importante étant donné que l’évolution démographique au Luxembourg ne suivra pas selon ces prémisses.o Le rapport entre l’emploi national (les travailleurs résidents étrangers et luxembourgeois = 220 744 personnes) et la population résidente (502 100 personnes) est de 2,27 : il faudrait donc multiplier les 560 000 emplois de 2030 par ce facteur pour déterminer la population résidente nécessaire en 2030.
Le tableau ci-illustre cette simulation et on peut constater de suite une quasi-impossibilité pour certains aspects :
Comment loger en 18 ans 262 159 personnes supplémentaires alors que le logement pose déjà aujourd’hui des problèmes assez insurmontables.Il faut aussi poser la question de l’évolution démographique du Luxembourg pour juger de ce fameux supplément de population nécessaire (262 159) pour atteindre l’objectif d’une population totale de 764 259 personnes en 2030.
Le tableau précédent montre que « l’excédent négatif » des naissances d’enfants luxembourgeois commence à se réduire (seulement -020 en 2010), mais que l’excédent des naissances d’enfants étrangers au Luxembourg semble avoir une tendance à la baisse.On voit de suite que l’accroissement de la population provient surtout de l’immigration.
Les données ci-après montrent aussi que l’excédent naturel (luxembourgeois et résidents étrangers) provient surtout des résidents étrangers, l’excédent naturel des Luxembourgeois étant même négatif.Le réflecteur naïf s’est permis de faire certaines simulations (les statisticiens du Statec s’arracheront probablement les cheveux au vu de la méthode) permettant de voir l’évolution démographique dans le contexte de l’emploi national. Les données des années 1995 à 2010 ont été extrapolées sur base de trendlines linéaires et polynomiales.
On voit que même avec un trendline polynomial des plus optimistes on n’arriverait en 2030 qu’à un surplus de 50 694 personnes, ce qui est loin des 262 159 résidents supplémentaires pour assurer jusqu’en 2030 les pensions de la population luxembourgeoise « toutes choses égales par ailleurs » par rapport à étranger. Les luxembourgeois au travail sont déjà actuellement en minorité par rapport aux travailleurs étrangers. Mais s’il n’y aura pas de « nombreuses pannes d’électricité d’une certaine durée », il ne s’agit que d’une question de temps pour constater que la population luxembourgeoise résidente sera aussi absolument en minorité. La xénophobie non-justifiée n’est certainement plus de mise, ne serait-ce que pour des raisons pratiques, le côté moral étant une autre paire de manches.En fait, les projections démographiques du Statec sont plus optimistes puisque, sur base de ses projections en fonction de ses scénarios, il arrive, selon les différents scénarios, aux résultats suivants :Scénario « bas » : 559 409Scénario « haut » :660 867Les propres calculs de tendance antérieurs sur base des données démographiques font état d’une progression totale de la population entre 46 000 et 50 000, ce qui correspond au scénario bas du Statec, mais l’accroissement de la population est de toute façon insuffisant (il faudrait une population résidente de 764 259 personnes) pour fournir les 189 200 emplois supplémentaires nécessaires pour garantir les pensions actuelles « toutes choses égales par ailleurs ».
Un petit espoir pourrait résider dans les nationalisations, encore que l’adoption de la nationalité luxembourgeoise ne signifie pas automatiquement intégration. La double nationalité semble soutenir la tendance de nationalisation, mais cela veut dire aussi que les racines culturelles initiales des personnes nationalisées restent importantes et que les personnes concernées ne se sentent pas entièrement Luxembourgeoises. Mais cela reste toujours encourageant. Ce petit bémol n’est peut-être qu’une question de générations. Ainsi, actuellement un nom de famille italien est pratiquement considéré comme l’équivalent d’un nom de famille typiquement luxembourgeois. L’intégration des jeunes générations portugaises semble suivre actuellement la même trajectoire.Les chiffres sont encourageants, surtout si on considère les années 2009 et 2010:
Mais on voit aussi que la demande a fléchi en 2011 (tout en restant bien supérieure aux années d’avant 2009) et il serait intéressant d’en connaître les raisons et si ce fléchissement est un trend permanent qui s’annonce subrepticement. D’ailleurs, le Statec prévoit encore un fléchissement plus consistant à moyen et long terme.Bilan → « Le Luxembourg piégé »Emploi statutaire de l’État, marché du travail et dépenses publiques : le fonctionnement de l’État enlève de l’oxygène au marché de l’emploi· Signalons encore qu’en 2010, l’emploi statutaire du secteur public comportait 35 590 fonctionnaires et employés, ce qui fait une proportion de 9,92 % de l’emploi intérieur. Est-ce que ce chiffre suffit pour déclarer le Luxembourg comme un pays de fonctionnaires ? Cependant, il faut aussi se poser la question si une gestion très rigoureuse des affaires publiques nécessiterait ce taux d’occupation et si une rationalisation et une réforme administrative efficace et efficiente ne permettraient pas de libérer à l’avenir des compétences pour le secteur privé en dégonflant le personnel de la fonction publique ?Le tableau ci-après montre l’enjeu et peut-être la nécessité de cette réforme :
Les augmentations par an ne sont pas négligeables, même si on peut constater une décélération de la progression ces dernières années.Jouons un petit jeu. Si on visait seulement une augmentation d’un peu moins de la moitié (par exemple 2,5 % par an), certaines économies, substantielles, pourraient en résulter. Ainsi, une réforme pourrait consister à ne remplacer qu’une certaine partie des fonctionnaires partants (ou même aucun des partants, selon les cas) pour atteindre l’objectif de seulement 2,5 % d’augmentation de la masse salariale. Une simulation de ce principe sur la masse salariale de 2011 donnerait les résultats suivants :- Masse salariale État 2011 : 3 388 millions- Augmentation autorisée pour 2012 de 2,5 % de la masse salariale de 2011 = 87,7 millions- Objectif masse salariale pour 2012 : 3388 + 84,7 = 3 472,7 millions- Masse salariale réellement prévue dans budget pour 2012 : 3 586 millions- Economies possibles : 3 586 – 3 472,7 = 133,30 millions
Il faudrait encore calculer à combien de fonctionnaires partants ces économies correspondraient et vérifier s’il y a assez de départs naturels correspondant à cet objectif. Probablement, suivant une estimation très grossière (sur base d’un traitement annuel moyen estimé à 115 000 € par certaines extrapolations et recoupements, plutôt incertains), les départs naturels moyens par an (27 740 / 40 =700 départs en moyenne par an) sont moins importants que la diminution du nombre de fonctionnaires nécessaires (133 300 000/115 000 = 1 560 départs requis) pour atteindre l’économie de 133, 3 millions. Donc, même en ne remplaçant aucun fonctionnaire parti, l’objectif d’une telle économie ne pourrait être atteint chaque année, mais devrait être prolongé sur de nombreuses années. Il faudrait pouvoir examiner la pyramide des âges des fonctionnaires actifs pour simuler les départs naturels des prochaines années. On parlerait donc ici de ces « certains coûts incompressibles » (dixit le ministre des finances), du moins à court (sinon même moyen terme) des dépenses publiques. Par ailleurs, il faudrait aussi savoir gérer les besoins en compétences dans le cadre d’une telle politique de non-remplacement, sachant que certains partants devront être remplacés d’une manière ou d’une autre et d’autres non. Cela va impliquer une politique systématique de rotation du personnel (avec les résistances que cela implique) en fonction des besoins et des disponibilités de compétences selon les structures/organigrammes de la Fonction publique, ainsi que des lacunes à combler laissées par les partants. Le gouvernement poursuit depuis quelques années bien une réforme administrative, mais il semble évident que les efforts devront être intensifiés, ne serait-ce seulement aussi pour rendre le Luxembourg plus attrayant sur plan international des avantages concurrentiels (« kuerz Weeër »). L’ancien ministre de l’économie désespérait un peu en attendant les résultats de cette réforme administrative. L’exemple récent d’une délocalisation partielle de la Fédération agricole (« Verband ») en Allemagne et les difficultés actuelles de cette organisation pour investir à Colmar peuvent être cité comme un exemple d’une certaine lenteur administrative. Un article récent dans le Lëtzebuerger Land N°27 2012 illustre ces problèmes d’implantation et de création de zones d’activités.En ce qui concerne les frais de fonctionnement (= consommation intermédiaire), il faudrait d’abord analyser tous les produits (à comprendre au sens d’output, qu’il s’agisse d’un bien ou d’un service), finaux et intermédiaires fournis par la fonction publique, se demander ensuite si chacun de ses produits est un « must » ou un produit « nice to have ». Il faudrait abolir, selon une stratégie à définir, les produits « nice to have » et réorganiser les processus résiduels des produits qualifiés de « must ». En principe, les frais de fonctionnement et le nombre de travailleurs y nécessaires ne pourraient que diminuer. Finalement, il faudrait réallouer les ressources humaines ainsi dégagées selon les nouveaux besoins. Cependant, il semble aussi logique que l’évolution de la société va créer de nouveaux produits qualifiés de « must ». Si ce principe d’optimisation paraît simple, il ne faut pas se faire d’illusion : réorganiser un processus est une affaire de longue haleine et l’Etat en a des milliers. Donc, des résultats spectaculaires ne sont pas pour demain.En résumé, la réforme administrative pourrait donc dégager, sur plusieurs années (ou même de nombreuses années si le Luxembourg peut se payer ce luxe), par une politique de non-remplacement de ses travailleurs (fonctionnaires, employés et autres salariés) une réserve potentielle de ressources humaines supplémentaires pour le marché du travail luxembourgeois, même si elle est légère, et réduire ainsi un peu les « coûts incompressibles » des dépenses publiques.Est-ce que le Luxembourg doit être acculé comme l’Italie pour faire les efforts nécessaires avant que ce soit définitivement trop tard comme pour la Grèce ?Bilan → « Le Luxembourg piégé »Croissance économique, emploi et branches d’activités : suite à l’évolution de l’économie, le Luxembourg n’a pas encore trouvé le moyen pour restructurer ses activités économiques en vue d’assurer la croissance des emplois dans le but de garantir son système de pension, aussi bien actuel que futur.Le tableau ci-après reflète la situation de l’emploi selon les branches d’activité :
Il faut constater que les services fournissent plus de 75 % des emplois.Le (s) modèle(s) de la réforme des pensions table(nt) sur une croissance économique de 3 % lors des prochaines années. Abstraction faite que ces chiffres semblent assez irréalistes selon les pronostics du Statec et de la Banque centrale luxembourgeoise pour garantir tant soit peu la stabilité de ses systèmes économiques et sociaux, cette progression ne pourra trouver que difficilement les travailleurs supplémentaires nécessaires pour assurer cette croissance. La population résidente aux Luxembourg en âge de travailler ne pourra jamais fournir assez de compétences pour assurer une telle croissance économique. Par ailleurs, le réservoir des compétences nécessaires potentielles de la Grande-Région semble s’épuiser lui aussi ou est déjà épuisé (par rapport aux compétences nécessaires).Si on part d’une idée de besoins de compétences en général, certes réductrice mais servant à illustrer le problème, il faut savoir (voir-ci-après)o que l’emploi actuel accapare 33 % de travailleurs de niveau supérieur (bac ++)o que les compétences professionnelles nécessaires (quelles qu’elles soient) seraient distribuées selon une courbe de Gauss ;o que les secteurs primaire et secondaire actuels ne sont plus assez développés pour offrir du travail à des personnes moins qualifiées ;o que le secteur tertiaire peut bien fournir un certain nombre d’emplois nécessitant moins de qualifications (Horesca, commerce, transports par exemple) ;o mais que presque tous les secteurs exigent un minimum de personnel hautement qualifié (travaux de gestion et de coordination, recherche et développement, etc.) et que cette tendance va aller croissante.Il n’en reste pas moins qu’un problème structurel de qualification semble se profiler à l’horizon si le système scolaire ne fournit pas les moyens, outils et méthodes pour pousser les jeunes au maximum de leur potentiel qui, pour chacun trouvera de toute façon un plafond naturel à des degrés divers dans les différents domaines (ce que certains appellent le « seuil d’incompétence » qui est naturellement plus ou moins élevé selon les personnes en fonction de leurs capacités dans les différents domaines : ainsi, il n’est pas donné, par exemple, à tout le monde d’être par nature un génie mathématique et chacun aura son niveau maximum de compréhension des mathématiques, comme il y a des scientifiques très analytiques qui ne deviennent pas nécessairement des auteurs littéraires valables). Il se pose donc la question de savoir de quelle économie, selon un modèle de développement durable (« consommer moins d’un monde en ressources»), le Luxembourg devra ou pourra se doter pour assurer sa survie dans un contexte mondialisé impitoyable et pour assurer un plein emploi pour les compétences résidentes, quels que soient leurs niveaux respectifs (distribution des compétences selon une courbe de Gauss).Il se pose aussi la question si le gouvernement luxembourgeois est d’accord de privilégier le budget de l’Éducation nationale pour relever ce défi, ce qui ne peut qu’accentuer les efforts d’une réforme scolaire à tous les niveaux, sans préjudicier à ce stade ni de la manière de la faire et ni des résultats de cette réforme. Une réforme n’est d’ailleurs jamais terminée. On peut comparer le processus à certaines méthodes de management comme le Business Reengineering (refonte complète d’un système par une remise à plat) et le Lean Mangement (améliorations continues par petit pas) qui sont des méthodes complémentaires: une fois le processus du business reengineering terminé, le système va connaître des changements, adaptations, petites améliorations à gauche et à droite pour aboutir finalement de nouveau à une « structure spaghetti » qui va encore nécessiter un business reengineering et le cycle recommence. Le Ministère de l’Education nationale devra se doter d’une cellule performante permanente pour ces travaux, si elle ne l’a déjà.La structure des emplois par branches d’activité illustrent le problème dans le sens que les compétences des travailleurs nationaux (luxembourgeois et résidents étrangers) doivent trouver leur emploi dans cette structure économique.Le taux de chômage du Luxembourg, depuis des années, semble montrer clairement que la structuration actuelle par branches d’activités ne semble pouvoir absorber les chômeurs, la raison ne pouvant être qu’une inadéquation entre la demande et l’offre de compétences. Le problème peut aussi être formulé d’une autre manière : Quelles « autres » entreprises faut-il créer au Luxembourg pour absorber un chômage qui semble incompressible à l’heure actuelle dans les structures économiques existantes ?Bilan → « Le Luxembourg piégé »Emploi et qualifications : les travailleurs résidents (luxembourgeois et étrangers) ne peuvent fournir en quantité les niveaux élevés de qualifications nécessaires à la croissanceEn effet, certaines statistiques concernant le niveau d’instruction des travailleurs montrent que les nationaux sont insuffisants en nombre pour couvrir les emplois qui demandent des compétences plus pointues (légère différence pour le total des emplois car certaines sources d’information diffèrent légèrement : 358 500 au lieu de 358 609, sans que ce fait n’enlève de la crédibilité aux raisonnements) :
On constate que les Luxembourgeois ayant un niveau d’instruction supérieur ont une contribution économique modeste (28 %) au niveau des compétences, sachant qu’un tiers est occupé dans l’enseignement. Le niveau de l’enseignement secondaire supérieur est bien loti si on considère les pourcentages. Mais il faut encore considérer ces pourcentages dans le cadre de la répartition des travailleurs luxembourgeois, résidents étrangers et frontaliers :
Les 2 tableaux permettent de calculer les personnes en nombre absolu selon le niveau d’instruction :
On voit donc que les Luxembourgeois ne fournissent à peu près qu’un tiers des compétences, aussi bien pour le secondaire supérieur que pour le supérieur. Mais l’écart est un peu moins important en ce qui concerne le primaire et le secondaire inférieur. Une logique de la réforme scolaire consisterait donc à essayer de faire passer plus d’élèves luxembourgeois au moins dans le secondaire supérieur, si évidemment le potentiel scolaire existe vraiment et ceci sans brader les diplômes en vue d’atteindre un objectif nominal qui ne correspondrait pas aux capacités réelles des titulaires de diplômes. Mais il est évident aussi qu’un but de la réforme scolaire devrait consister à inciter plus d’élèves, ayant réussi le secondaire supérieur, à faire des études universitaires.L’Éducation Nationale a montré sa capacité à innover dans l’enseignement pour se rapprocher plus du marché du travail en créant par exemple le brevet de technicien supérieur en télécommunication. Il faut continuer cet effort, mais le Luxembourg devrait se doter de certains outils de prospective en matière de besoins de compétences professionnelles pour pouvoir orienter efficacement l’offre des futurs travailleurs.On pourrait imaginer de généraliser les objectifs de l’IUIL (institut universitaire international Luxembourg, fondé déjà en 1974, localisé à Munsbach, rattaché au Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche et dont la mission principale est la formation continue) en ne se limitant pas à constituer une interface entre les mondes économique et académique. On pourrait institutionnaliser sur le plan national une collaboration entre certaines institutions gouvernementales (ADEM, Éducation Nationale, Ministère de l’Économie et autres) et des organismes du secteur privé (Chambre de Commerce, Fedil, Chambre des Métiers, UEL et autres) consistant à créer un observatoire des compétences (à l’instar de l’observatoire de la compétitivité ou de l’habitat ou d’autres cluster innovants) avec un projet de lancement et une démarche ultérieure permanente d’inventaire actualisé des besoins en compétences pour orienter l’enseignement et la formation continue (en cas de besoins de reclassements par exemple) en analysant d’une manière continue les structures économiques du Luxembourg du point de vue de l’emploi et des compétences nécessaires.Bilan → « Le Luxembourg piégé »Emplois et fonctions : les luxembourgeois ne sont pas maîtres des décisions économiques au Luxembourg, eu égard à leur faible représentation dans des fonctions supérieures,Concernant les fonctions, il faut constater en ce qui concerne les Luxembourgeois les taux d’occupation suivants :
Ces chiffres montrent aussi à l’évidence que le Luxembourg, dépourvu de ressources naturelles et disposant d’un secteur industriel qui périclite, ne pourra jamais devenir par la force du réservoir de ses capacités intellectuelles luxembourgeoises, une nation de chercheurs et d’innovateurs créant de nouveaux produits à développement durable. Un développement de l’université et des pôles de recherche est le seul moyen de drainer des chercheurs étrangers (et de les garder si on peut leur offrir aussi bien un environnement favorable à l’innovation qu’un cadre de vie attrayant : problème du logement à un coût acceptable par exemple).Bilan → « Le Luxembourg piégé »Branches à développer : Le Luxembourg ne dispose pas de suffisamment de ressources humaines pour développer la R&D et les TICs (technologie de l’information et de la communication) pourtant présentées comme des secteurs d’avenir pour diversifier l’économieComme on parle beaucoup de recherche et de développement, d’innovations et de sociétés start-up, il faut encore considérer le poids actuel de la R&D. Le tableau ci-après montre que la recherche et le développement ne contribuent que marginalement à l’emploi (en moyenne 1,4 % selon les sources disponibles) et que les dépenses de la R&D représentent en moyenne 1.6 % du PIB. Le Luxembourg est loin d’être un pays de chercheurs. Il faut cependant mentionner que la moyenne de l’UE des 27 est de 2,1 % du PIB consacrée à la recherche, ceci pour montrer que la publicité au Luxembourg autour de la recherche n’est pas vraiment justifiée par les faits.
Malgré une hausse des crédits budgétaires publics, les retombées ne sont pas foudroyantes. L’Office européen des brevets note pour le Luxembourg :Pour 2010 : 496 brevetsPour 2011 : 383 brevets, donc une baisse de 22,8 %On voit aussi que les entreprises dépensent la part majoritaire des moyens financiers engagés dans la R&D, encore que leur contribution semble diminuer en importance par rapport aux contributions du secteur public dont la part semble augmenter.
Si on examine les cibles des crédits publics (tableau ci-après), on s’aperçoit qu’en 2011, 156 millions (62 %) concernent l’avancement général des connaissances sur un total de 251,7 millions. C’est certes louable, mais ne faudrait-il pas être plus pragmatique et investir essentiellement dans des secteurs contribuant à une croissance économique.
Le recul des dépôts de brevets sur le plan européen est un indice de cette faiblesse. Il faut noter en plus que les dépenses en R&D sont plus importantes au niveau des entreprises qu’au niveau du secteur public.Les demandes de brevets luxembourgeois selon le domaine technique (tableau ci-après) montrent la prépondérance du secteur de santé : 35 sur 135 dépôts en 2011) et une zone importante de brevets non classés au nombre de 102 brevets (75,5%) et dont il faudrait en connaître un peu plus de détails pour évaluer leur contribution économique.
On voit que les demandes de dépôt de brevets étaient surtout d’origine étrangère et que la demande de dépôt de résidents du Luxembourg a toujours été à un niveau très faible avec une baisse importante (proportionnellement) de 2000 à 2007, pour commencer à remonter la pente à partir de 2008. Ce qu’on ne peut déduire des tableaux est de savoir si les 100 brevets déposés au Luxembourg en 2010 sont inclus dans les 496 brevets déposés à l’Office européen des brevets.Le Luxembourg occupe 7,66 chercheurs pour 1 000 personnes actives alors que la moyenne de l’UE n’est que de 6 chercheurs pour 1 000 personnes actives. Mais cet indicateur favorable ne change rien au fait que l’occupation de chercheurs en chiffres absolus est insuffisante pour stimuler ce secteur d’une manière stratégique dans le cadre d’un développement durable.On peut encore se demander si le Luxembourg profite suffisamment des aides à la recherche de l’UE, sachant que dans le cadre de FP27, le Luxembourg n’a qu’un taux de réussite de 19,4 % alors que la moyenne de l’UE 27 est de 21,5%.En conclusion, on doit constater que la Recherche et le Développement ne vont pas dans l’immédiat contribuer largement à la croissance économique ni à la création d’emplois, sachant qu’il faudra de toute façon « importer » les compétences. Leur apport et leurs réussites ne sont pas encore en proportion avec la publicité y consacrée.Bilan → « Le Luxembourg piégé »L’innovation : on en parle, mais où en est-on ?Il faut cependant nuancer dans le sens que les brevets ne sont qu’un indicateur partiel de l’innovation. D’abord, les brevets doivent être traduits en activités économiques, ce qui n’est pas toujours le cas. De l’autre côté, il peut y avoir de l’innovation sans qu’il y ait un brevet à la base. La création d’entreprises peut être un indicateur d’innovation, mais il faut en contrepartie aussi considérer les faillites. La politique des start-ups, leur création d’emplois et leur contribution au PIB sont un autre indicateur important. Mais le réflecteur naïf ne dispose pas des informations nécessaires pour évaluer la contribution économique dans ce domaine. Mais, pourquoi se défendre de faire des benchmarkings et de cloner éventuellement des succès de l’étranger d’une manière intelligente et adaptée au Luxembourg, sans violer la propriété intellectuelle. Par ailleurs, le benchmarking peut être un facteur puissant et générateur d’idées originales nouvelles (les données du bencmarking pouvant constituer le point de départ de brainstormings et autres outils de créativité). Cette démarche a été un des facteurs de succès du Japon et l’est certainement actuellement pour la Chine.Mais il existe des exemples d’innovation réussis, avec des bénéfices sur le plan macro-économique, comme par exemple la société Epuramat, même si elle fait son chiffre d’affaires essentiellement en dehors du Luxembourg, situation favorable pour la balance des paiements.Il faudra espérer qu’on trouvera encore à l’avenir les moyens budgétaires nécessaires pour stimuler suffisamment la R&D et l’innovation, même si pas mal d’infrastructures sont déjà en place. Mais il faudra savoir en assurer à l’avenir les frais de fonctionnement, risquant de devenir considérables et peut-être même incompressibles.Le réflecteur naïf ne dispose pas de chiffres pour documenter cette dernière piste.Il faudrait peut-être aussi trouver un moyen pour développer les sociétés d’investissement en capital à risque (SICAR) opérant sur le territoire luxembourgeois, en se demandant comment activer cette piste.En matière d’investissement, les chiffres suivants laissent un peu rêveur. Le Luxembourg est classé en quatrième position en matière d’investissements directs étrangers (IDE) selon le « World Investment report 2012 », mais seulement en 63ième rang de la CNUCED (Conférence de l’ONU sur le commerce et les investissements) en ce qui concerne le degré de contribution des IDE à l’économie réelle du pays. Ceci s’explique par le fait que les IDE ne font essentiellement que passer, transiter par le Luxembourg en raison d’un environnement fiscal qualifié de favorable, même si ceci constitue un argument de poids pour convaincre les sociétés multinationales de baser au Luxembourg leur siège ou centre de coordination pour l’Europe. (LW du 7/7/2012). Arcelor/Mittal ferait partie de cette logique. Est-ce que les investisseurs de l’économie réelle ne seront peut-être pas tellement enchantés des soi-disant circuits administratifs, finalement pas si courts et/ou est-ce qu’ils ont du mal à trouver les terrains nécessaires à un prix raisonnable pour implanter ou étendre leurs activités ? Est-ce que les délais dans la définition du plan sectoriel des « zones d’activité économiques » font hésiter les investisseurs ? Si ces problèmes ne sont pas résolus, des délocalisations pourraient en être la conséquence et nos voisins semblent accueillir les mécontents à bras ouverts (voir la « démarche Lorraine 2020 »).D’autre part, ce ne sont pas les taux d’intérêt qui incitent les investisseurs à la prudence, mais la crise des dettes publiques qui rendent les investisseurs hésitants et donnent des ratés au moteur économique européen. Même l’Allemagne commence à en connaître les conséquences.Par ailleurs, pourquoi ne pas installer une filiale de l’incubateur « Technoport » dans le Nord du Pays ?On pourrait citer cependant un contre-exemple récent d’une démarche réussie : La société « Cellon », ayant commercialisé dans le passé des contenants de haut standard pour la pharmacie, a décidé, suite aux problèmes de qualité avec ses fournisseurs, de fabriquer elle-même les contenants pour garantir la qualité du produit et a créé un site de production à Bascharage occupant 25 personnes. Le choix du site a été motivé entre autres par la situation centrale pour l’Europe à cause des facilités logistiques pour la commercialisation. On pourrait dire « affaire à suivre » et à imiter.Une autre branche dont on parle beaucoup sont les TIC. Il faudrait aussi évaluer leur poids quant à leur future contribution dans la production nationale :
On voit d’abord que les progressions sont irrégulières, parfois négatives et que la part des équipements électriques et électroniques et des activités informatiques ne contribuent qu’à raison de 2,3 % en moyenne à la production nationale. La percée pour une solution d’envergure des problèmes économiques n’est donc pas à chercher de ce côté. Mais cela pourrait être un apport positif dans le cadre d’un développement durable si on parvenait à attirer des start-ups dans ce domaine et à les garder au Luxembourg (un « Silicon Valley » luxembourgeois). La balance courante est d’ailleurs négative pour ces services depuis quelques années comme le montre le tableau ci-après :
après :Balance courante Informatique et Informationcréditvar. en %débitvar. en %Netvar. en %20097405392012010571-22,862516,0-55-127,42011564-1,26605,6-97-148,3par rapport 2009
D’une certaine manière, ces constats sont logiques parce que l’informatique est en premier lieu un outil et que le Luxembourg importe pour beaucoup la hardware et les progiciels, même si des programmes sont développés sur mesure au Luxembourg. D’autre part, la branche pourrait être, par son potentiel, par sa nature même et par des frais d’investissement assez négligeables, un domaine privilégié pour exporter des services. Que l’apport de ce domaine puisse avoir des résultats importants est illustré par exemple par l’entreprise Skype. Peut-être que la fusion des centres de recherche Lippmann et Tudor va améliorer la situation de la recherche dans ce domaine.On ne peut qu’espérer que les investissements de haut niveau dans la fibre optique ne s’essoufflent car ils constituent un atout concurrentiel de poids dans le développement de l’économie luxembourgeoise. Le Luxembourg est en train de développer une position très forte au niveau des réseaux de communication et des Data-Centers (Luxconnect, P&T et autres). Par ailleurs et d’une manière générale, le Web est en train de changer complètement la donne au niveau de l’économie mondiale (voir par exemple l’article très instructif du Manager Magazine numéro 8/12 sous la rubrique Trends : « Angriff der Cyber-Piraten ; Internet : Die Wirtschaft steht vor einer massiven Umverteilung….). Pourquoi ne pas ériger un site dédié avec toutes les facilités et supports nécessaires aux start-ups et sociétés établies travaillant au niveau du WEB. Ce site pourrait par exemple être situé à côté du Data-Center de Luxconnect au campus Bettembourg, le choix de ce site constituant plutôt un message quelque peu symbolique, à côté d’autres avantages pratiques éventuels ?On parle également beaucoup du secteur logistique (route, chemins de fer, transport fluvial et transport aérien) comme potentiel de développement. Le nombre d’entreprises aurait augmenté de 452 à 540 unités de 2005 à 2010 (= +19 %) et le nombre d’emplois dans cette même période de 12 800 à 16 200 (= +27 %), représentant 4,5 % de l’emploi intérieur. Comme la volatilité de cette activité semble être élevée (LW 3/7/2012, page 68 : » Les demandes d’approvisionnement varient actuellement d’un mois à l’autre de plus de 35 % à moins de 35 % par rapport à la moyenne annuelle »), il faudrait une flexibilisation importante du temps de travail, évidemment bête noire des syndicats. Les perspectives de transport, tous modes de transports confondus, tablent sur une augmentation de 35 % dans les 20 ans à venir.Par contre, si on tient compte des informations concernant le projet « Terralorraine » et en voyant le timing de l’avancement du projet, on peut se demander dans quelle mesure le Luxembourg n’a pas déjà raté la conversion du site de la WSA dans le cadre de la politique de développement de la logistique au Luxembourg. On peut espérer que ce projet aura au moins certaines retombées économiques pour le Luxembourg. Où sont les « kuerz Weeër » ? »Les 3 secteurs pré-mentionnés (R&D, TICs et logistique) pourraient bien profiter d’un modèle de PAI, surtout pour des besoins ponctuels en ressources humaines nécessitant une certaine expérience professionnelle.Le Luxembourg trouve ses limites dans ces domaines, non à cause des infrastructures et supports du Gouvernement, mais probablement à cause du manque de compétences. Les autres pays exploitent également cette piste et une forte concurrence s’est installée dans le drainage des « têtes » compétentes (voir encore « démarche Lorraine 2020 »)Bilan → « Le Luxembourg piégé »Balance des paiements, emploi, transferts à l’étranger des salaires et pensions : la création d’emplois, nécessaires pour garantir tant soit peu les pensions, a une certaine répercussion négative sur la demande intérieure à cause des frontaliers et des résidents étrangers prenant leur retraite à l’étranger. La demande intérieure n’est pas favorisée par cette situation.· Il faut en outre considérer à long terme l’impact du travail des frontaliers et travailleurs étrangers résidents. Des études dans le passé ont montré que les frontaliers actifs consomment un certain pourcentage de leur revenu au Luxembourg. Il semble moins certain qu’un frontalier retraité vienne dépenser au Luxembourg une bonne partie de sa pension. Par ailleurs, si certains résidents étrangers restent au Luxembourg, d’autres retournent dans leur pays pour y profiter de leur retraite.La balance des paiements montre un solde négatif pour les salaires, ce qui ne surprend guère eu égard au nombre de frontaliers entrants et sortants, sachant que l’impact sera nécessairement de plus en plus grand.
Soit dit en passant, la balance des paiements est seulement positive à cause des services, intensifs en main-d’œuvre et expliquant le suremploi pour un petit pays sans ressources naturelles avec un territoire exigu. Le tableau antérieur de l’emploi par branches montre un taux d’occupation de seulement 22,9 % pour le secteur primaire, l’industrie et la construction.(La définition du service (Statec) est la suivante : Sorties produites sur commande et dont la commercialisation ne peut être dissociée de la production; des droits de propriété ne peuvent être établis sur des services et au moment même où la production d’un service se termine, il doit être fourni au consommateur; il existe, cependant, une exception à cette règle constituée par un groupe de branches d’activité généralement classées parmi les activités de services dont certaines de leurs productions présentent des caractéristiques de biens; il s’agit des branches qui sont concernées par la fourniture, le stockage, la communication et la diffusion des informations, des conseils, et des loisirs au sens le plus large de ces termes; les produits de ces branches d’activité, sur lesquels il est possible d’établir des droits de propriété peuvent être classés soit comme des biens soit comme des services selon le support sur lequel ces productions sont fournies.)Afin d’évaluer l’impact des pensions transférées à l’étranger (impossible de le faire pour les frontaliers uniquement car ne disposant pas des informations nécessaires), certains chiffres permettent d’évaluer la progression entre 1985 et 2010
Il faut rendre attentif au fait que les pensions transférées à l’étranger concernent aussi bien les frontaliers que les anciens travailleurs résidents étrangers retournés dans leur pays. Le réflecteur naïf ne dispose pas de chiffres précis sur les seuls transferts de la catégorie des frontaliers. Mais pour donner une certaine idée du phénomène, il faut savoir qu’en 1985, les frontaliers constituaient 11,4 % des travailleurs au Luxembourg et en 2010 43.9 % des travailleurs, donc 4 fois plus. Il faut également noter que les frontaliers travaillant actuellement au Luxembourg sont assez jeunes. La retraite des travailleurs étrangers risque donc de coûter très cher dans 20 ans, sans parler de la perte de pouvoir d’achat intérieur puisque les sommes transférées à l’étranger ne pourront plus être un facteur de multiplication économique au Luxembourg.· Comme on se trouve actuellement dans un système d’ « Umlageverfahren » (procédé/système de répartition : lire à titre explicatif l’article de M. Robert Kieffer dans forum 221 : « Croissance démographique et viabilité des régimes de pension ») cette source va se tarir si les frontaliers actuels partent à la retraite et si l’emploi total intérieur n’augmente pas continuellement et substantiellement. C’est une fuite en avant qui trouvera naturellement ses limites dans l’exiguïté du territoire du Luxembourg, dans le grignotement plus ou moins rapide de ses niches de piraterie et des luttes concurrentielles à un niveau mondial qui ne feront pas grâce à une « erreur historique ».Bilan → « Le Luxembourg piégé »Questions liées à ces problématiquesPour en revenir au problème des emplois supplémentaires nécessaires pour garantir tant soit peu les pensions, abstraction faite du potentiel d’évolution démographique, les questions suivantes se posent :Est-ce que le Luxembourg pourra orienter un accroissement de 61 463 travailleurs étrangers résidents (excédent migratoire + naissances par des couples de résidents étrangers déjà en place) ayant les qualifications adéquates selon les besoins de l’évolution de l’économie ? Encore faudrait-il connaître l’évolution économique du Luxembourg pour pouvoir extrapoler les besoins en qualifications de la main-d’œuvre.Est-ce que l’évolution démographique des Luxembourgeois sera telle que la population luxembourgeoise pourra « fournir » les 53 739 travailleurs actifs autochtones supplémentaires avec les qualifications nécessaires ? Quid d’un certain succès du modèle potentiel de PAI (voir simulation à la fin du document) pour contribuer à ce volet ?Est-ce que la Grande-Région a encore les moyens de fournir 85 928 frontaliers supplémentaires disposant des qualifications nécessaires, sachant que la Lorraine fait état en juin 2012 de 156 000 chômeurs, mais ne disposant peut-être pas des qualifications nécessaires ?Bilan → « Le Luxembourg piégé »Créations d’emplois et branches d’activités : faut-il tabler sur la structure actuelle des activités économiques ou sur une vision des futurs biens et services ? Quelles sont les activités prometteuses pour la croissance économique ? Quelles en sont les conséquences pour la croissance du marché de l’emploi ? Quelles sont les branches prometteuses par rapport à la productivité au travail et le progrès technique ?D’une manière générale, quelles devraient être les créations des emplois par branche si on se base sur la structure actuelle de l’économie luxembourgeoise par branches et sur un exercice de prospective concernant son évolution dans 10, 20 ou 30 ans ? (voir tableau ci –après)
Les pourcentages de 2010 ont été appliqués à 2030 pour simuler la structure des emplois « toutes choses égales par ailleurs » en visant un emploi total de 563 356 pour garantir les pensions selon les calculs de M. Kieffer.






































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